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TEXTE 2 - Influence du rationalisme
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[...] Le rationalisme du 18° siècle repose sur la phrase fameuse de Leibniz : nihil est sine ratione. Rien de ce qui est n'est sans raison. La science stimulée par cette conviction examine avec acharnement le pourquoi de toutes choses en sorte que tout ce qui est paraît explicable, donc calculable. L'homme qui veut que sa vie ait un sens renonce à chaque geste qui n'aurait pas sa cause et son but. Toutes les biographies sont écrites ainsi. La vie apparaît comme une trajectoire lumineuse de causes et d'effets, d'échecs et de réussites, et l'homme, fixant son regard impatient sur l'enchaînement causal de ses actes, accélère encore sa course folle vers la mort.

[...] Flaubert a découvert la bêtise. J'ose dire que c'est là la plus grande découverte d'un siècle si fier de sa raison scientifique... Or, dans les romans de Flaubert, la bêtise est une dimension inséparable de l'existence humaine... Mais le plus choquant, le plus scandaleux dans la vision flaubertienne de la bêtise est ceci : la bêtise ne s'efface pas devant la science, la technique, le progrès, la modernité, au contraire, avec le progrès, elle progresse elle aussi !

... La bêtise moderne signifie non pas l'ignorance mais la non-pensée des idées reçues.

... on peut imaginer l'avenir sans la lutte de classes ou sans la psychanalyse, mais pas sans la montée irrésistible des idées reçues qui, inscrites dans les ordinateurs, propagéees par les mass média, risquent de devenir bientôt une force qui écrasera toute pensée originale et individuelle et étouffera ainsi l'essence même de la culture européenne des Temps modernes.

Milan Kundera
Extrait d'un discours prononcé lors de la remise du prix Jérusalem en 1985

Conçue par Fabienne Gérard