| M ILAN K UNDERA |
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La
lenteur | La valse aux adieux | Risibles
amours | Le livre du rire et de l'oubli | ||
1^ | [...]
la source de la peur est dans l'avenir, et qui est libéré de l'avenir
n'a rien à craindre. (La lenteur, p.10, Folio no 2981)
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| La
vitesse est la forme d'extase dont la révolution technique a fait
cadeau à l'homme. (La lenteur, p.10)
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| [...]
la discrétion qui, de toutes les vertus, est la vertu suprême. (La lenteur, p.47)
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| Imprimer
la forme à une durée, c'est l'exigence de la beauté mais aussi celle
de la mémoire. (La lenteur, p.51
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| Il
existe, en effet, une circonstance où même la voix la plus faible est
entendue. (La lenteur, p.102)
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| Rien
n'est plus humiliant que de ne pas trouver de réponse cinglante à une
attaque cinglante. (La lenteur, p.103)
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| La
façon dont on raconte l'Histoire contemporaine ressemble à un grand
concert où l'on présenterait d'affilée les cent trente-huit opus de
Beethoven mais en jouant seulement les huit premières mesures de chacun
d'eux. (La lenteur, p.112)
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| Quand
les choses se passent trop vite, personne ne peut être sûr de rien, de
rien du tout, même pas de soi-même. (La lenteur, p.159, | ||
| [...]
c'est toujours drôle quand un narrateur joue un rôle comique dans sa
propre histoire. (La lenteur, p.170)
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| [...]
qui se venge aujourd'hui se vengera aussi demain. (La lenteur, p.174)
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| Il
comprend que cette impatience de parler est en même temps un implacable
désintérêt à écouter. (La lenteur, p.179)
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2^ | [...]
les amants ont toujours un comportement illogique. (La valse aux adieux, p.36, Folio no1043)
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| La
jalousie possède l'étonnant pouvoir d'éclairer l'être unique
d'intenses rayons et de maintenir les autres hommes dans une totale
obscurité. (La valse aux adieux, p.42, Folio no1043)
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| Séduire
une femme, [...] c'est à la portée du premier imbécile. Mais il faut
aussi savoir rompre ; c'est à cela qu'on reconnaît un homme mûr. (La valse aux adieux, p.56, Folio no1043)
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| [...]
un amour excessif est un amour coupable [...] (La valse aux adieux, p.58, Folio no1043)
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| Une
blonde s'adapte inconsciemment à ses cheveux. Surtout si cette blonde
est une brune qui se fait teindre en jaune. Elle veut être fidèle à
sa couleur et se comporte comme un être fragile, une poupée frivole,
une créature exclusivement préoccupée de son apparence, et cette créature
exige de la tendresse et des services, de la galanterie et une pension
alimentaire, elle est incapable de rien faire par elle-même, elle est
toute délicatesse au-dehors et au-dedans toute grossièreté. Si les
cheveux noirs devenaient une mode universelle, on vivrait nettement
mieux en ce monde. Ce serait la réforme sociale la plus utile que l'on
ait jamais accomplie. (La valse aux adieux, p.70, Folio no1043)
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| Dieu
a inculqué dans le cœur des femmes la haine des autres femmes parce
qu'il voulait que le genre humain se multiplie. (La valse aux adieux, p.71, Folio no1043)
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| Un
triste compagnon est un mauvais compagnon. (La valse aux adieux, p.81, Folio no1043)
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| De
même que l'amour nous fait trouver plus belle la femme aimée,
l'angoisse que nous inspire une femme redoutée donne un relief démesuré
au moindre défaut de ses traits... (La valse aux adieux, p.87, Folio no1043)
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| [...]
parvenir à la conclusion qu'il n'y a pas de différence entre le
coupable et la victime, c'est laisser toute espérance . Et c'est
ça qu'on appelle l'enfer, ma petite. (La valse aux adieux, p.126, Folio no1043)
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| Les
originaux ont une assez belle vie quand ils réussissent à faire
respecter leur originalité. (La valse aux adieux, p.132, Folio no1043)
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| Il
faut avoir au moins une certitude : celle de rester maître de sa
mort et de pouvoir en choisir l'heure et le moyen. (La valse aux adieux, p.135, Folio no1043)
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| [...]
le désir de l'ordre veut transformer l'univers humain en un règne
inorganique où tout marche, où tout fonctionne, où tout est assujetti
à une règle supérieure à l'individu. Le désir de l'ordre est en même
temps désir de mort, parce que la vie est perpétuelle violation de
l'ordre. Ou, inversement, on peut dire que le désir de l'ordre est le
prétexte vertueux par lequel la haine de l'homme justifie ses forfaits. (La valse aux adieux, p.147, Folio no1043)
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| Ceux
qui n'ont pas pénétré assez loin dans le monde des plaisirs amoureux
ne peuvent juger les femmes que d'après ce qu'ils voient. Mais ceux qui
les connaissent vraiment savent que l'œil ne révèle qu'une infime
fraction de ce qu'une femme peut offrir. (La valse aux adieux, p.155, Folio no1043)
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| [...]
je dois me demander dans quel monde j'enverrais mon enfant. L'école ne
tarderait pas à me l'enlever pour lui bourrer le crâne de contre-vérités
que j'ai moi-même vainement combattues pendant toute ma vie.
Faudrait-il que je voie mon fils devenir sous mes yeux un crétin
conformiste ? ou bien, devrais-je lui inculquer mes propres idées
et le voir souffrir parce qu'il serait enchaîné dans les mêmes
conflits que moi ? (La valse aux adieux, p.157, Folio no1043)
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| Avoir
un enfant, c'est manifester un accord absolu avec l'homme. Si j'ai un
enfant, c'est comme si je disais : je suis né, j'ai goûté à la
vie et j'ai constaté qu'elle est si bonne qu'elle mérite d'être
multipliée. (La valse aux adieux, p.158, Folio no1043)
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| La
politique, c'est l'écume sale sur la surface de la rivière, alors
qu'en fait la vie de la rivière s'accomplit à une bien plus grande
profondeur. (La valse aux adieux, p.159, Folio no1043)
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| Si
quelque chose m'a toujours profondément écoeuré chez l'homme, c'est
bien de voir comment sa cruauté, sa bassesse et son esprit borné
parviennent à revêtir le masque du lyrisme. (La valse aux adieux, p.160, Folio no1043)
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| [...]
le plus grand plaisir, c'est d'être admiré. (La valse aux adieux, p.167, Folio no1043)
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| Les
croyants ont un sens aigu de la mise en scène des miracles. (La valse aux adieux, p.174, Folio no1043)
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| [...]
l'humanité produit une incroyable quantité d'imbécile. Plus un
individu est bête, plus il a envie de procréer. Les êtres parfaits
engendrent au plus un seul enfant, et les meilleurs, comme toi, décident
de ne pas procréer du tout. C'est un désastre. Et moi, je passe mon
temps à rêver d'un univers où l'homme ne viendrait pas au monde parmi
des étrangers mais parmi ses frères. (La valse aux adieux, p.178, Folio no1043)
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| Il
n'est rien comme la jalousie pour absorber un être humain tout entier. (La valse aux adieux, p.186, Folio no1043)
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| Entre
une femme qui est convaincue d'être unique, et les femmes qui ont revêtu
le linceul de l'universelle destinée féminine, il n'y a pas de
conciliation possible. (La valse aux adieux, p.194, Folio no1043) | ||
| [...]
les choses essentielles se produisent en ce monde sans explication ni
motif, puisant en elles-mêmes leur propre raison d'être. (La valse aux adieux, p.251, Folio no1043) | ||
| La
jalousie occupe l'esprit encore plus complètement qu'un travail
intellectuel passionné. L'esprit n'a plus une seconde de loisir. Celui
qui est en proie à la jalousie ignore l'ennui. (La valse aux adieux, p.259, Folio no1043) | ||
| Elle
avait compris [...] que l'on pouvait se laisser conduire par un homme
sage et mûr loin de ce territoire ensorcelé où l'on vieillit si vite. (La valse aux adieux, p.276, Folio no1043) | ||
| [...]
si tout homme avait la possibilité d'assassiner clandestinement et à
distance, l'humanité disparaîtrait en quelques minutes. (La valse aux adieux, p.315, Folio no1043) | ||
3^
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Risibles amours, Milan Kundera.
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| Nous
traversons le présent les yeux bandés. Tout au plus pouvons-nous
pressentir et deviner ce que nous sommes en train de vivre. Plus tard
seulement, quant est dénoué le bandeau et que nous examinons le passé,
nous nous rendons compte de ce que nous avons vécu et nous en
comprenons le sens. (Risibles amours, p.13, Folio no1702) | ||
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| [...]
le sens de la vie c'est justement de s'amuser avec la vie [...] (Risibles amours, p28, Folio no1702) | |
| Une
impasse est le lieu de mes plus belles inspirations. (Risibles amours, p.30, Folio no1702) | ||
| Selon
la manière dont on le présente, le passé de n'importe lequel d'entre
nous peut aussi bien devenir la biographie d'un chef d'État bien-aimé
que la biographie d'un criminel. (Risibles amours, p.38, Folio no1702) | ||
| Il
était vain de s'attaquer rationnellement à la solide barrière de
l'irrationnel dont est pétrie, comme on dit, l'âme féminine. (Risibles amours, p.47, Folio no1702) | ||
| Une
foi trop ardente est le pire des alliés. [...] Dès que l'on prend une
chose à la lettre, la foi pousse cette chose à l'absurde. (Risibles amours, p.79, Folio no1702) | ||
| Dans
le jeu on n'est pas libre, pour le joueur le jeu est un piège. (Risibles amours, p.109, Folio no1702) | ||
| [...]
le plus grand malheur de l'homme, c'est un mariage heureux. Aucun espoir
de divorce. (Risibles amours, p.119, Folio no1702) En page 173,on lit cette variante : "J'ai la malchance d'être heureux en ménage, donc de ne pouvoir divorcer." | ||
| L'érotisme
n'est pas seulement désir du corps, mais, dans une égale mesure, désir
d'honneur. Un partenaire que nous avons eu, qui tient à nous et qui
nous aime, devient notre miroir, il est la mesure de notre importance et
de notre mérite. (Risibles amours, p.122, Folio no1702) | ||
| Si
l'on était responsable que des choses dont on a conscience, les imbéciles
seraient d'avance absous de toute faute. [...] l'homme est tenu de
savoir. L'homme est responsable de son ignorance. L'ignorance est une
faute. (Risibles amours, p.127, Folio no1702) | ||
| Uriner
dans la nature est un rite religieux par lequel nous promettons à la
terre d'y retourner, un jour, tout entier. (Risibles amours, p.133, Folio no1702) | ||
| [...]
toute la valeur de l'être humain tient à cette faculté de se
surpasser, d'être en dehors de soi, d'être en autrui et pour autrui. (Risibles amours, p.195, Folio no1702) | ||
| [...]
elle était excessivement bavarde, ce qui pouvait passer pour une pénible
manie, mais aussi pour une heureuse disposition qui permettait à son
partenaire de s'abandonner à ses propres pensées sans risque d'être
surpris. (Risibles amours, p.232, Folio no1702) | ||
| [...]
il faisait l'affaire de ses concitoyens qui, comme chacun sait, adorent
les martyrs, car ceux-ci les confirment dans leur douce inaction en leur
démontrant que la vie n'offre qu'une alternative : être livré au
bourreau ou obéir. (Risibles amours, p.284, Folio no1702) | ||
| [...]
c'est toujours ce qui se passe dans la vie : on s'imagine jouer son
rôle dans une certaine pièce, et l'on ne soupçonne pas qu'on vous a
discrètement changé les décors, si bien que l'on doit, sans s'en
douter, se produire dans un autre spectacle. (Risibles amours, p.287, Folio no1702) | ||
| Si
tu t'obstinais à lui dire [au monde qui nous
entoure] la vérité en face, ça voudrait dire que tu le
prends au sérieux. Et prendre au sérieux quelque chose d'aussi peu sérieux,
c'est perdre soi-même tout son sérieux. Moi, je dois mentir
pour ne pas prendre au sérieux des fous et ne pas devenir moi-même fou. (Risibles amours, p.299, Folio no1702) | ||
| Ah,
mesdames et messieurs, comme il est triste de vivre quand on ne peut
rien prendre au sérieux, rien ni personne ! (Risibles amours, p.315, Folio no1702) | ||
4^ | Le
droit intangible du romancier, c'est de pouvoir retravailler son roman. (Le livre du rire et de l'oubli, p.25, Folio no1831) | |
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| Les
femmes ne recherchent pas le bel homme. Les femmes recherchent l'homme
qui a eu de belles femmes. (Le livre du rire et de l'oubli, p.27, Folio no1831) | |
| On
crie qu'on veut façonner un avenir meilleur, mais ce n'est pas vrai.
L'avenir n'est qu'un vide indifférent qui n'intéresse personne, mais
le passé est plein de vie et son visage irrite, révolte, blesse, au
point que nous voulons le détruire ou le repeindre. On ne veut être maître
de l'avenir que pour pouvoir changer le passé. (Le livre du rire et de l'oubli, p.41, Folio no1831) | ||
| [...]
toute relation amoureuse repose sur des conventions non écrites que
ceux qui s'aiment concluent inconsidérément dans les premières
semaines de leur amour. Ils sont encore dans une sorte de rêve, mais en
même temps, sans le savoir, ils rédigent, en juristes intraitables,
les clauses détaillées de leur contrat. Oh ! amants, soyez
prudents en ces premiers jours dangereux ! Si vous portez à
l'autre son petit déjeuner au lit, vous devrez le lui porter à jamais
si vous ne voulez pas être accusés de non-amour et de trahison. (Le livre du rire et de l'oubli, p.64, Folio no1831) | ||
| [...]
la beauté est l'étincelle qui jaillit quand, soudainement, à travers
la distance des années, deux âges différents se rencontrent. [...] la
beauté est l'abolition de la chronologie et la révolte contre le
temps. (Le livre du rire et de l'oubli, p.87, Folio no1831) | ||
| Toute
mystique est outrance. (Le livre du rire et de l'oubli, p.94, Folio no1831) | ||
| Concevoir
le diable comme un partisan du Mal et l'ange comme un combattant du
Bien, c'est accepter la démagogie des anges. (Le livre du rire et de l'oubli, p.100, Folio no1831) | ||
| Danser
dans une ronde est magique ; la ronde nous parle depuis les
profondeurs millénaires de la mémoire. (Le livre du rire et de l'oubli, p.103, Folio no1831) | ||
| Vous
savez ce qui se passe quand deux personnes bavardent. L'une parle et
l'autre lui coupe la parole : c'est tout à fait comme moi, je
... et se met à parler d'elle jusqu'à ce que la première réussisse
à glisser à son tour : c'est tout à fait comme moi, je ... Cette phrase, c'est tout à fait comme moi, je ..., semble être un écho approbateur, une manière de continuer la réflexion de l'autre, mais c'est un leurre : en réalité c'est une révolte brutale contre une violence brutale, un effort pour libérer notre propre oreille de l'esclavage et occuper de force l'oreille de l'adversaire. Car toute la vie de l'homme parmi ses semblables n'est rien d'autre qu'un combat pour s'emparer de l'oreille d'autrui. (Le livre du rire et de l'oubli, p.128, Folio no1831) | ||
| Elle
l'aimait trop pour pouvoir admettre que ce qu'elle qualifiait
d'inoubliable pût être oublié. (Le livre du rire et de l'oubli, p.135, Folio no1831) | ||
| [...]
le présent, ce point invisible, ce néant qui avance lentement vers la
mort. (Le livre du rire et de l'oubli, p.138, Folio no1831) | ||
| C'est
dans les dossiers des archives de la police que se trouve notre seule
immortalité. (Le livre du rire et de l'oubli, p.139, Folio no1831) | ||
| [...]
maintenant qu'il était mort, son mari n'avait plus qu'elle, plus
qu'elle au monde ! (Le livre du rire et de l'oubli, p.141, Folio no1831) | ||
| [...]
le roman est le fruit d'une illusion humaine. L'illusion de pouvoir
comprendre autrui. (Le livre du rire et de l'oubli, p.142, Folio no1831) | ||
| Depuis
James Joyce, [...] nous savons que la plus grande aventure de notre vie
est l'absence d'aventures. (Le livre du rire et de l'oubli, p.143, Folio no1831) | ||
| Nous
écrivons des livres parce que nos enfants se désintéressent de nous.
Nous nous adressons au monde anonyme parce que notre femme se bouche les
oreilles quand nous lui parlons. (Le livre du rire et de l'oubli, p.145, Folio no1831) | ||
| La
graphomanie (manie d'écrire des livres) prend facilement les
proportions d'une épidémie lorsque le développement de la société réaliste
trois conditions fondamentales : 1) un niveau élevé de bien-être général, qui permet aux gens de se consacrer à une activité inutile ; 2) un haut degré d'atomisation de la vie sociale et, par conséquent, d'isolement général des individus ; 3) le manque radical de grands changements sociaux dans la vie interne de la nation [...] (Le livre du rire et de l'oubli, p.146, Folio no1831) | ||
| L'invention
de la presse à imprimer a jadis permis aux hommes de se comprendre
mutuellement. À l'ère de la graphomanie universelle, le fait d'écrire
des livres prend un sens opposé : chacun s'entoure de ses propres
mots comme d'un mur de miroirs qui ne laisse filtrer aucune voix du
dehors. (Le livre du rire et de l'oubli, p.147, Folio no1831) | ||
| L'homme,
du fait qu'il écrit des livres, se change en univers [...] et le propre
d'un univers c'est justement d'être unique. L'existence d'un autre
univers le menace dans son essence même. (Le livre du rire et de l'oubli, p.166, Folio no1831) | ||
| Celui
qui écrit des livres est tout (un univers unique pour lui-même et pour
tous les autres) ou rien. Et parce qu'il ne sera jamais donné à
quelqu'un d'être tout, nous tous qui écrivons des livres, nous
ne sommes rien. (Le livre du rire et de l'oubli, p.166, Folio no1831) | ||
| Car
chacun souffre à l'idée de disparaître, non entendu et non aperçu,
dans un univers indifférent, et de ce fait il veut, pendant qu'il est
encore temps, se changer lui-même en son propre univers de mots. Quand un jour (et cela sera bientôt) tout homme s'éveillera écrivain, le temps sera venu de la surdité et de l'incompréhension universelles. (Le livre du rire et de l'oubli, p.167, Folio no1831) | ||
| [...]
il est des regards à la tentation desquels personne ne résiste :
par exemple le regard sur un accident de la circulation ou sur une
lettre d'amour qui appartient à l'autre. (Le livre du rire et de l'oubli, p.175, Folio no1831) | ||
| [...]
la mémoire du dégoût est plus grande que la mémoire de la tendresse ! (Le livre du rire et de l'oubli, p.179, Folio no1831) | ||
| Celui
qui est absolument aimé ne peut être misérable. (Le livre du rire et de l'oubli, p.188, Folio no1831) | ||
| Le
misogyne ne méprise pas les femmes. Le misogyne n'aime pas la féminité.
[...] Chez la femme, l'adorateur vénère la féminité, alors que le
misogyne donne toujours la préférence à la femme sur la féminité. (Le livre du rire et de l'oubli, p.203, Folio no1831) | ||
| Se
confier ! c'est le réflexe de tous les adorateurs ! (Le livre du rire et de l'oubli, p.204, Folio no1831) | ||
| [...]
il y a des mots qui ne sont pas comme les autres, des mots qui possèdent
une valeur particulière connue des seuls initiés. (Le livre du rire et de l'oubli, p.210, Folio no1831) | ||
| [...]
comprendre c'est se confondre et d'identifier. (Le livre du rire et de l'oubli, p.221, Folio no1831) | ||
| L'amour
ne peut pas être risible. L'amour n'a rien de commun avec le rire. (Le livre du rire et de l'oubli, p.222, Folio no1831) | ||
| Seul
son mari lui posait sans arrêt des questions, parce que l'amour est une
interrogation continuelle. Oui, je ne connais pas de meilleure définition
de l'amour. (Le livre du rire et de l'oubli, p.250, Folio no1831) | ||
| Celui
qui veut se souvenir ne doit pas rester au même endroit et attendre que
les souvenirs viennent tout seuls jusqu'à lui ! Les souvenirs se
sont dispersés dans le vaste monde et il faut voyager pour les
retrouver et les faire sortir de leur abri ! (Le livre du rire et de l'oubli, p.256, Folio no1831) | ||
| Celui
qui ne se soucie pas du but, ne demande pas où il va ! (Le livre du rire et de l'oubli, p.258, Folio no1831) | ||
| La
mort a un double aspect : Elle est le non-être. Mais elle est
aussi l'être, l'être atrocement matériel du cadavre. (Le livre du rire et de l'oubli, p.262, Folio no1831) | ||
| L'homme,
bien qu'il soit lui-même mortel, ne peut se représenter ni la fin de
l'espace, ni la fin du temps, ni la fin de l'histoire, ni la fin d'un
peuple, il vit toujours dans un infini illusoire. (Le livre du rire et de l'oubli, p.274, Folio no1831) | ||
| [...]
le sexe n'est pas l'amour, ce n'est qu'un territoire que l'amour
s'approprie [...]. (Le livre du rire et de l'oubli, p.277, Folio no1831) | ||
| [...]
les enfants sont aussi sans passé et c'est tout le mystère de
l'innocence magique de leur sourire. (Le livre du rire et de l'oubli, p.284, Folio no1831) | ||
| Nous
sommes tous prisonniers d'une conception figée de ce qui est important
et de ce qui ne l'est pas, nous fixons sur l'important des regards
anxieux, pendant qu'en cachette, dans notre dos, l'insignifiant mène sa
guérilla qui finira par changer subrepticement le monde et va nous
sauter dessus par surprise. (Le livre du rire et de l'oubli, p.297, Folio no1831) | ||
| La
laideur de l'homme c'est la laideur des vêtements. (Le livre du rire et de l'oubli, p.341, Folio no1831) | ||
5^ | Par
une certaine partie de nous-mêmes, nous vivons tous au-delà du temps.
Peut-être ne prenons-nous conscience de notre âge qu'en certains
moments exceptionnels, étant la plupart du temps des sans-âge. (L'immortalité, p.14, Folio no2447) | |
|
| Car
on ne peut considérer un geste ni comme la propriété d'un individu,
ni comme sa création (nul n'étant en mesure de créer un geste propre,
entièrement original et n'appartenant qu'à soi), ni même comme son
instrument ; le contraire est vrai : ce sont les gestes qui se
servent de nous ; nous sommes leurs instruments, leurs
marionnettes, leurs incarnations. (L'immortalité, p.19, Folio no2447) | |
| Elle
demanda donc à son père s'il lui arrivait de prier. Il dit : «Autant
prier Edison quand une ampoule grille.» (L'immortalité, p.24, Folio no2447) | ||
| Le
piège de la haine, c'est qu'elle nous enlace trop étroitement à
l'adversaire. (L'immortalité, p.44, Folio no2447) | ||
| La
vocation de la poésie n'est pas de nous éblouir par une idée
surprenante, mais de faire qu'un instant de l'être devienne inoubliable
et digne d'une insoutenable nostalgie. (L'immortalité, p.47, Folio no2447) | ||
| La
solitude : douce absence de regards. (L'immortalité, p.50, Folio no2447) | ||
| [...]
la mort et l'immortalité formant un couple d'amants inséparables,
celui dont le visage se confond avec le visage des morts est immortel de
son vivant. (L'immortalité, p.81, Folio no2447) | ||
| [...]
tout un chacun [...] trouve agaçant qu'on raconte sa vie selon une
autre interprétation que la sienne propre. (L'immortalité, p.96, Folio no2447) | ||
| Rien
ne met plus en joie que de rencontrer une femme naguère redoutée, mais
qui, désarmée, ne fait plus peur. (L'immortalité, p.102, Folio no2447) | ||
| L'homme
peut mettre fin à sa vie. Mais il ne peut mettre fin à son
immortalité. (L'immortalité, p.127, Folio no2447) | ||
| Le
soutien-gorge a pour fonction de soutenir quelque chose de plus lourd
que prévu, dont le poids a été mal calculé, et qu'il faut étayer
après coup un peu comme on étaye avec des piliers et des contreforts
le balcon d'une bâtisse mal construite. Autrement dit : le
soutien-gorge révèle le caractère technique du corps féminin. (L'immortalité, p.147, Folio no2447) | ||
| Beaucoup
de gens, peu d'idées, et comment faire pour nous différencier les uns
des autres ? (L'immortalité, p.153, Folio no2447) | ||
| [...]
le pouvoir du journaliste ne se fonde pas sur le droit de poser une
question, mais sur le droit d'exiger une réponse. (L'immortalité, p.166, Folio no2447) | ||
| [...]
le sondage est devenu une sorte de réalité supérieure ; ou pour
le dire autrement, il est devenu la vérité. (L'immortalité, p.175, Folio no2447) | ||
| Rien,
en effet, n'exige plus d'effort de pensée que l'argumentation destinée
à justifier la non-pensée. (L'immortalité, p.186, Folio no2447) | ||
| [...]
nous n'apprenons jamais pourquoi et en quoi nous agaçons les autres, en
quoi nous leur sommes sympathiques, en quoi nous leur paraissons
ridicules ; notre propre image est pour nous le plus grand mystère. (L'immortalité, p.189, Folio no2447) | ||
| Il
en va de l'érotisme comme de la danse : l'un des partenaires se
charge toujours de conduire l'autre. (L'immortalité, p.196, Folio no2447) | ||
| Ah,
en amour il suffit de si peu pour désespérer ! (L'immortalité, p.197, Folio no2447) | ||
| Le
sentiment d'amour nous abuse tous par une illusion de connaissance. (L'immortalité, p.201, Folio no2447) | ||
| J'ose
affirmer qu'il n'y a pas d'érotisme authentique sans art de l'ambiguïté ;
plus l'ambiguïté est puissante, plus vive est l'excitation. (L'immortalité, p.250, Folio no2447) | ||
| Les
épigones sont toujours plus radicaux que leurs inspirateurs. (L'immortalité, p.280, Folio no2447) | ||
| Je
pense, donc je suis est un propos d'intellectuel qui sous-estime les
maux de dents. Je sens, donc je suis est une vérité de portée
beaucoup plus générale et qui concerne tout être vivant. [...] Le
fondement du moi n'est pas la pensée mais la souffrance, sentiment le
plus élémentaire de tous. Dans la souffrance, même un chat ne peut
douter de son moi unique et non interchangeable. Quand la souffrance se
fait aiguë, le monde s'évanouit et chacun de nous reste seul avec
lui-même. La souffrance est la Grande École de l'égocentrisme. (L'immortalité, p.299, Folio no2447) | ||
| La
musique : une pompe à gonfler l'âme. (L'immortalité, p.305, Folio no2447) | ||
| Oubliez
un instant que vous êtes américain et faites travailler votre cerveau
[...] (L'immortalité, p.319, Folio no2447) | ||
| Le
souci de sa propre image, voilà l'incorrigible immaturité de l'homme. (L'immortalité, p.319, Folio no2447) | ||
| Être
mortel est l'expérience humaine la plus élémentaire, et pourtant
l'homme n'a jamais été en mesure de l'accepter, de la comprendre, de
se comporter en conséquence. L'homme ne sait pas être mortel. Et quand
il est mort, il ne sait même pas être mort. (L'immortalité, p.320, Folio no2447) | ||
| Chemin :
bande de terre sur laquelle on marche à pied. La route se distingue du
chemin non seulement parce qu'on la parcourt en voiture, mais en ce
qu'elle est une simple ligne reliant un point à un autre. La route n'a
par elle-même aucun sens ; seuls en ont un les deux points qu'elle
relie. Le chemin est un hommage à l'espace. Chaque tronçon du chemin
est en lui-même doté d'un sens et nous invite à la halte. La route
est une triomphale dévalorisation de l'espace, qui aujourd'hui n'est
plus rien d'autre qu'une entrave aux mouvements de l'homme, une perte de
temps. (L'immortalité, p.330, Folio no2447) | ||
| [...]
la valeur d'un hasard est égale à son degré d'improbabilité. (L'immortalité, p.335, Folio no2447) | ||
| De
nos jours, on se jette sur tout ce qui a pu être écrit pour le
transformer en film, en dramatique de télévision ou en bande dessinée.
Puisque l'essentiel, dans un roman, est ce qu'on ne peut dire que par un
roman, dans toute adaptation ne reste que l'inessentiel. Quiconque est
assez fou pour écrire encore des romans aujourd'hui doit, s'il veut
assurer leur protection, les écrire de telle manière qu'on ne puisse
pas les adapter, autrement dit qu'on ne puisse pas les raconter. (L'immortalité, p.351, Folio no2447) | ||
| La
honte n'a pas pour fondement une faute que nous aurions commise, mais
l'humiliation que nous éprouvons à être ce que nous sommes sans
l'avoir choisi, et la sensation insupportable que cette humiliation est
visible de partout. (L'immortalité, p.366, Folio no2447) | ||
| [...]
elle marchait, et si elle marchait c'était parce que l'âme, lorsque
l'inquiétude la travaille, exige le mouvement, ne peut tenir en place,
car lorsqu'elle se tient immobile la douleur se fait terrible. (L'immortalité, p.376, Folio no2447) | ||
| Ce
qui est insoutenable dans la vie, ce n'est pas d'être, mais d'être
son moi. (L'immortalité, p.381, Folio no2447) | ||
| Vivre,
il n'y a là aucun bonheur. Vivre : porter de par le monde son moi
douloureux. Mais être, être est bonheur. Être : se transformer en fontaine, vasque de pierre dans laquelle l'univers descend comme une pluie tiède. (L'immortalité, p.381, Folio no2447) | ||
| [...]
au fond, que signifie « être utile » ? La somme de
l'utilité de tous les humains de tous les temps se trouve entièrement
contenue dans le monde tel qu'il est aujourd'hui. Par conséquent :
rien de plus moral que d'être inutile. (L'immortalité, p.428, Folio no2447) | ||
| [...]
il n'y a pas pire châtiment, pire horreur que de transformer un instant
en éternité, d'arracher l'homme au temps et à son mouvement continu. (L'immortalité, p.432, Folio no2447) | ||
| C'est
affreux, mais c'est ainsi : nous avons appris à regarder notre
propre vie par les yeux des questionnaires administratifs ou policiers. (L'immortalité, p.448, Folio no2447) | ||
| [...]
la mémoire ne filme pas, la mémoire photographie. (L'immortalité, p.461, Folio no2447) | ||
| Rien
de plus inutile [...] que de vouloir prouver quelque chose aux imbéciles. (L'immortalité, p.486, Folio no2447) | ||
| L'humour
ne peut exister que là où les gens discernent encore la frontière
entre ce qui est important et ce qui ne l'est pas. Aujourd'hui, cette
frontière est indiscernable. (L'immortalité, p.487, Folio no2447) | ||
| Quand
une femme rougit, c'est beau ; son corps, en cet instant, ne lui
appartient pas ; elle ne le maîtrise plus ; elle est à sa
merci ! ah, rien n'est plus beau que le spectacle d'une femme violée
par son propre corps ! (L'immortalité, p.494, Folio no2447) | ||
| Mais
pour qui n'est pas fou, rien n'est plus beau que de se laisser conduire
dans l'inconnu par une voix qui est folle ! (L'immortalité, p.501, Folio no2447) | ||
6^ | Une
valeur galvaudée et une illusion démasquée ont le même pitoyable
corps, elles se ressemblent et rien n'est plus aisé que de les
confondre. (La plaisanterie, p.21, Folio no638) | |
|
| [...]
j'ai toujours pensé que la créature humaine était indivisible, seul
le bourgeois dans son imposture se partage en un être public et un
homme privé [...] (La plaisanterie, p.38, Folio no638) | |
| [...]
on désire toujours, par dessus tout, l'inaccessible, avec avidité
[...] (La plaisanterie, p.43, Folio no638) | ||
| [...]
à l'origine, [le tutoiement] doit traduire une intimité confiante,
mais si les gens qui se tutoient ne sont pas intimes, il prend
subitement une signification opposée, il est l'expression de la grossièreté,
de sorte que le monde où le tutoiement est d'usage commun n'est pas un
monde d'amitié générale, mais un monde d'omniprésent irrespect. (La plaisanterie, p.58, Folio no638) | ||
| Oui,
c'était sans doute cette lenteur singulière de Lucie qui m'avait
tellement envoûté, lenteur irradiant le sentiment résigné qu'il n'y
avait pas de but valant qu'on s'y précipitât, et qu'il était inutile
de tendre les mains impatientes vers quelque chose. (La plaisanterie, p.106, Folio no638) | ||
| On
parle volontiers de coups de foudre ; je ne suis que trop conscient
de ce que l'amour tend à créer une légende de soi-même, à mythifier
après coup ses commencements. (La plaisanterie, p.107, Folio no638) | ||
| Rien
ne rapproche les gens aussi vite (même si c'est souvent un
rapprochement trompeur) qu'une entente triste, mélancolique. (La plaisanterie, p.110, Folio no638) | ||
| Bien
entendu, ce serait une erreur de penser que le seul exotisme de sa
simplicité m'attira vers Lucie ; son ingénuité, les lacunes de
son instruction ne l'empêchaient pas le moins du monde de me
comprendre. Cette compréhension ne reposait pas sur une somme d'expériences
ou de savoir, une aptitude à débattre un problème et à donner un
conseil, mais sur l'intuitive réceptivité avec laquelle elle m'écoutait. (La plaisanterie, p.117, Folio no638) | ||
| Rien
ne me répugne comme lorsque les gens fraternisent parce que chacun voit
dans l'autre sa propre bassesse. (La plaisanterie, p.124, Folio no638) | ||
| Je
crois que les destinées humaines sont entre elles soudées d'un ciment
de sagesse. (La plaisanterie, p.200, Folio no638) | ||
| À
quoi bon se contenter de ranimer un passé perdu ? Qui regarde en
arrière finira comme la femme de Loth. (La plaisanterie, p.211, Folio no638) | ||
| Toutes
les situations capitales de la vie sont pour une fois, sont sans retour.
Pour qu'un homme soit un homme, il faut qu'il soit pleinement conscient
de ce non-retour. (La plaisanterie, p.225, Folio no638) | ||
| Car
être courageux dans l'isolement, sans témoins, sans l'assentiment des
autres, face à face avec soi-même, cela requiert une grande fierté et
beaucoup de force. (La plaisanterie, p.237, Folio no638) | ||
| Car
ce ne sont pas les ennemis, mais les amis qui condamnent l'homme à la
solitude. (La plaisanterie, p.241, Folio no638) | ||
| En
fait, j'aime chez la femme non pas ce qu'elle est pour elle-même, mais
ce par quoi elle s'adresse à moi, ce qu'elle représente pour moi.
Je l'aime comme un personnage de notre histoire à nous deux. (La plaisanterie, p.245, Folio no638) | ||
| Les
histoires personnelles, outre qu'elles se passent, disent-elles aussi
quelque chose ? Malgré tout mon scepticisme, il m'est resté un
peu de superstition irrationnelle, telle cette curieuse conviction que
tout événement qui m'advient comporte en plus un sens, qu'il signifie
quelque chose ; que par sa propre aventure la vie nous parle, nous
révèle graduellement un secret, qu'elle s'offre comme un rébus à déchiffrer,
que les histoires que nous vivons forment en même temps une mythologie
de notre vie et que cette mythologie détient la clé de la vérité et
du mystère. Est-ce une illusion ? C'est possible, c'est même
vraisemblable, mais je ne peux réprimer ce besoin de continuellement déchiffrer
ma propre vie. (La plaisanterie, p.247, Folio no638) | ||
| [...]
quand un homme attend une femme, il n'est qu'à grand-peine capable de réfléchir
sur elle et il ne peut que faire les cent pas sous son effigie figée. (La plaisanterie, p.252, Folio no638) | ||
| Mon
incrédulité est à ce point invétérée que si quelqu'un me confie ce
qu'il aime ou ce qu'il n'aime pas, je ne prends pas du tout cela au sérieux
ou, plus exactement, je ne vois là qu'un simple témoignage de l'image
qu'il veut donner de lui-même. (La plaisanterie, p.271, Folio no638) | ||
| [...]
l'incroyable capacité humaine à remodeler le réel à l'image de son
idéal [...] (La plaisanterie, p.272, Folio no638) | ||
| Le
maniement de la pensée féminine a ses règles inflexibles ; celui
qui se met en tête de persuader une femme, de réfuter son point de vue
à coups de bonnes raisons, a peu de chances d'aboutir. Il est bien plus
judicieux de repérer l'image qu'elle veut donner d'elle-même (ses
principes, idéaux, convictions), puis d'essayer d'établir (par
sophismes) un rapport harmonieux entre ladite image et la conduite que
nous souhaitons lui voir tenir. (La plaisanterie, p.273, Folio no638) | ||
| L'homme
est en droit de vouloir n'importe quoi d'une femme, mais, s'il ne veut
pas se comporter en brute, il doit faire en sorte qu'elle puisse agir en
harmonie avec ses illusions les plus profondes. (La plaisanterie, p.273, Folio no638) | ||
| S'il
est une chose qui interdit à une femme de raconter son mari à son
amant, c'est rarement la noblesse, la délicatesse ou l'authentique
pudeur, mais la simple crainte d'agacer l'amant. Quant celui-ci
dissipera cette appréhension, sa maîtresse lui en saura gré, elle se
sentira plus à l'aise, mais surtout : ça lui fera de quoi causer,
car la somme des sujets possibles de conversation n'est pas illimitée
et, pour la femme mariée, l'époux fournit le thème rêvé, le seul où
elle se sente sûre d'elle, le seul qu'elle traite en experte, et
chaque être humain, après tout, est heureux de se manifester comme
expert et de s'en vanter. (La plaisanterie, p.281, Folio no638) | ||
| Faire
un péché ne compte pas, l'effacer, le gommer du temps, autrement dit
transmuter quelque chose du néant, c'est un acte impénétrable et
surnaturel. (La plaisanterie, p.244, Folio no638) | ||
| Car
vivre dans un monde où nul n'est pardonné, où la rédemption est
refusée, c'est comme vivre en enfer. (La plaisanterie, p.344, Folio no638) | ||
| Le
rôdeur de la côte qui brandit, frénétique, une lanterne à bout de
bras, ce peut être un dément. Mais la nuit, lorsque les vagues malmènent
une barque déroutée, cet homme est un sauveur. La planète où nous
vivons est la zone frontalière entre le ciel et l'enfer. Nulle action
n'est en soi bonne ou mauvaise. Seule, sa place dans l'ordre la fait
bien ou mal. (La plaisanterie, p.345, Folio no638) | ||
| Je
veux simplement dire qu'aucun grand mouvement qui veut transformer le
monde ne tolère le sarcasme ou la moquerie, parce que c'est une rouille
qui corrode tout. (La plaisanterie, p.353, Folio no638) | ||
| [...]
l'aimer non pas seulement pour cette partie de sa personnalité qui
s'adressait à moi, mais aussi pour tout ce qui ne me concernait pas
directement, pour ce qu'elle était en elle-même et pour elle. (La plaisanterie, p.266, Folio no638) | ||
| [...]
le stupide âge lyrique où l'on est à ses propres yeux une trop
grande énigme pour pouvoir s'intéresser aux énigmes qui sont en
dehors de soi et où les autres (fussent-ils les plus chers) ne sont que
miroirs mobiles dans lesquels on retrouve étonné l'image de son propre
sentiment, son propre trouble, sa propre valeur. (La plaisanterie, p.366, Folio no638) | ||
| Il
est des gens qui proclament leur amour de l'humanité et d'autres leur
objectent, à juste titre, qu'on ne peut aimer qu'au singulier, des
individus ; je suis d'accord et j'ajoute que ce qui vaut pour
l'amour vaut aussi pour la haine. L'homme, cette créature qui aspire à
l'équilibre, compense le poids du mal qu'on lui a jeté sur le dos par
le poids de sa haine. Mais essayez de concentrer la haine sur la pure
abstraction des principes, l'injustice, le fanatisme, la barbarie, ou
bien, si vous allez jusqu'à penser que le principe même de l'homme est
détestable, essayez de haïr l'humanité ? Des haines comme
celles-là sont beaucoup trop surhumaines et c'est ainsi que l'homme,
s'il veut soulager sa colère (dont il sait les forces limitées), finit
par ne la concentrer que sur un individu. (La plaisanterie, p.395, Folio no638) | ||
| Je
sentis avec épouvante que les choses conçues par erreur sont aussi réelles
que les choses conçues par raison et nécessité. (La plaisanterie, p.414, Folio no638) | ||
| Et
si l'Histoire plaisantait ? (La plaisanterie, p.415, Folio no638) | ||
| [...]
l'idée m'envahit qu'un destin souvent s'achève bien avant la mort, que
le moment de la fin ne coïncide pas avec celui de la mort [...] (La plaisanterie, p.455, Folio no638) | ||
7^ | L'homme
ne peut jamais savoir ce qu'il faut vouloir car il n'a qu'une vie et il
ne peut la comparer à des vies antérieures ni la rectifier dans des
vies ultérieures. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.19, Folio no2077) | |
|
| Ne
pouvoir vivre qu'une vie, c'est comme ne pas vivre du tout. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.20, Folio no2077) | |
| Celui
qui veut quitter le lieu où il vit n'est pas heureux. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.46, Folio no2077) | ||
| En
travaux pratiques de physique, n'importe quel collégien peut faire des
expériences pour vérifier l'exactitude d'une hypothèse scientifique.
Mais l'homme, parce qu'il n'a qu'une seule vie, n'a aucune possibilité
de vérifier l'hypothèse par l'expérience de sorte qu'il ne saura
jamais s'il a eu tort ou raison d'obéir à son sentiment. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.56, Folio no2077) | ||
| Nous
croyons tous qu'il est impensable que l'amour de notre vie puisse être
quelque chose de léger, quelque chose qui ne pèse rien ; nous
nous figurons que notre amour est ce qu'il devait être ; que sans
lui notre vie se serait pas notre vie. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.57, Folio no2077) | ||
| Seul
le hasard peut nous apparaître comme un message. Ce qui arrive par nécessité,
ce qui est attendu et se répète quotidiennement n'est que chose
muette. Seul le hasard est parlant. On tente d'y lire comme les gitanes
lisent au fond d'une tasse dans les figures qu'a dessinées le marc du
café. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.76, Folio no2077) | ||
| Pour
qu'un amour soit inoubliable, il faut que les hasards s'y rejoignent dès
le premier instant comme les oiseaux sur les épaules de saint François
d'Assise. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.77, Folio no2077) | ||
| [Les
vies humaines] sont composées comme une partition musicale. L'homme,
guidé par le sens de la beauté, transforme l'événement fortuit (une
musique de Beethoven, une mort dans une gare) en un motif qui va ensuite
s'inscrire dans la partition de sa vie. Il y reviendra, le répétera,
le modifiera, le développera comme fait le compositeur avec le thème
de sa sonate. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.81, Folio no2077) | ||
| L'homme,
à son insu, compose sa vie d'après les lois de la beauté jusque dans
les instants du plus profond désespoir. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.81, Folio no2077) | ||
| La
sensualité, c'est la mobilisation maximale des sens : on observe
l'autre intensément et on écoute ses moindres bruits. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.85, Folio no2077) | ||
| Ce
qui distingue l'autodidacte de celui qui a fait des études, ce n'est
pas l'ampleur des connaissances, mais des degrés différents de vitalité
et de confiance en soi. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.86, Folio no2077) | ||
| Le
rêve est la preuve qu'imaginer, rêver ce qui n'a pas été, est l'un
des plus profonds besoins de l'homme. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.91, Folio no2077) | ||
| Le
vertige, c'est autre chose que la peur de tomber. C'est la voix du vide
au-dessous de nous qui nous attire et nous envoûte, le désir de chute
dont nous nous défendons ensuite avec effroi. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.93, Folio no2077) | ||
| [...]
c'est une étrange folie d'obéir à quelqu'un d'étranger [...] (L'insoutenable légèreté de l'être, p.103, Folio no2077) | ||
| Je
pourrais dire qu'avoir le vertige c'est être ivre de sa propre
faiblesse. On a conscience de sa faiblesse et on ne veut pas lui résister,
mais s'y abandonner. On se soûle de sa propre faiblesse, on veut être
plus faible encore, on veut s'écrouler en pleine rue aux yeux de tous,
on veut être à terre, encore plus bas que terre. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.118, Folio no2077) | ||
| Tant
que les gens sont encore plus ou moins jeunes et que la partition
musicale de leur vie n'en est qu'à ses premières mesures, ils peuvent
la composer ensemble et échanger des motifs [...] mais, quand ils se
rencontrent à un âge plus mûr, leur partition musicale est plus ou
moins achevée, et chaque mot, chaque objet signifie quelque chose
d'autre dans la partition de chacun. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.132, Folio no2077) | ||
| Trahir,
c'est sortir du rang et partir dans l'inconnu. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.136, Folio no2077) | ||
| Les
extrêmes marquent la frontière au-delà de laquelle la vie prend fin,
et la passion de l'extrémisme, en art comme en politique, est désir déguisé
de mort. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.139, Folio no2077) | ||
| Le
bruit a un avantage. On ne peut pas y entendre les mots. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.139, Folio no2077) | ||
| La
musique c'est la négation des phrases, la musique c'est l'anti-mot ! (L'insoutenable légèreté de l'être, p.139, Folio no2077) | ||
| [...]
qui cherche l'infini n'a qu'à fermer les yeux ! (L'insoutenable légèreté de l'être, p.140, Folio no2077) | ||
| Avant
de disparaître totalement du monde, la beauté existera encore quelques
instants, mais par erreur. La beauté par erreur, c'est le dernier stade
de l'histoire de la beauté. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.149, Folio no2077) | ||
| Il
est des choses qu'on ne peut accomplir que par la violence. L'amour
physique est impensable sans violence. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.163, Folio no2077) | ||
| Le
jeune homme qui court après la gloire n'a aucune idée de ce qu'est la
gloire. Ce qui donne un sens à notre conduite nous est toujours
totalement inconnu. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.179, Folio no2077) | ||
| Car
les questions vraiment graves ne sont que celles que peut formuler un
enfant. Seules les questions les plus naïves sont vraiment de graves
questions. Ce sont les interrogations auxquelles il n'est pas de réponse.
Une question à laquelle il n'est pas de réponse est une barrière
au-delà de laquelle il n'y a plus de chemins. Autrement dit : ce
sont précisément les questions auxquelles il n'est pas de réponse qui
marquent les limites des possibilités humaines et qui tracent les
frontières de notre existence. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.201, Folio no2077) | ||
| [...]
la légèreté et la joyeuse futilité de l'amour physique. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.206, Folio no2077) | ||
| Pour
échapper à la souffrance, le plus souvent on se réfugie dans
l'avenir. Sur la piste du temps, on imagine une ligne au-delà de
laquelle la souffrance présente cessera d'exister. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.241, Folio no2077) | ||
| [...]
les amours sont comme les empires : que disparaisse l'idée sur
laquelle ils sont bâtis, ils périssent avec elle. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.247, Folio no2077) | ||
| [...]
est-on innocent parce qu'on ne sait pas ? un imbécile assis sur le
trône est-il déchargé de toute responsabilité du seul fait que c'est
un imbécile ? (L'insoutenable légèreté de l'être, p.255, Folio no2077) | ||
| Comme
on est sans défense devant la flatterie ! (L'insoutenable légèreté de l'être, p.266, Folio no2077) | ||
| Quand
on se trouve en face de quelqu'un qui est aimable,déférent, courtois,
il est très difficile de se convaincre à chaque instant que rien
de ce qu'il dit n'est vrai, que rien n'est sincère. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.266, Folio no2077) | ||
| L'unicité
du «moi» se cache justement dans ce que l'être humain a
d'inimaginable. On ne peut imaginer que ce qui est identique chez tous
les êtres, que ce qui leur est commun. Le «moi» individuel, c'est ce
qui se distingue du général, donc ce qu'il faut d'abord dévoiler, découvrir,
conquérir chez l'autre. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.286, Folio no2077) | ||
| Les
hommes qui poursuivent une multitude de femmes peuvent aisément se répartir
en deux catégories. Les uns cherchent chez toutes les femmes leur
propre rêve, leur idée subjective de la femme. Les autres sont mus par
le désir de s'emparer de l'infinie diversité du monde féminin
objectif. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.289, Folio no2077) | ||
| Il
semble qu'il existe dans le cerveau une zone tout à fait spécifique
qu'on pourrait appeler la mémoire poétique et qui enregistre ce
qui nous a charmés, ce qui nous a émus, ce qui donne à notre vie sa
beauté. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.299, Folio no2077) | ||
| [...]
l'amour commence à l'instant où une femme s'inscrit par une parole
dans notre mémoire poétique. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.301, Folio no2077) | ||
| Il
y a des idées qui sont comme un attentat. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.313, Folio no2077) | ||
| [...]
les personnages [de roman] ne naissent pas d'un corps maternel comme
naissent les êtres vivants, mais d'une situation, d'une phrase, d'une métaphore
qui contient en germe une possibilité humaine fondamentale dont
l'auteur s'imagine qu'elle n'a pas encore été découverte ou qu'on
n'en a encore rien dit d'essentiel. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.318, Folio no2077) | ||
| Les
personnages de mon roman sont mes propres possibilités qui ne se sont
pas réalisées. [...] Le roman n'est pas une confession de l'auteur,
mais une exploration de ce qu'est la vie humaine dans le piège qu'est
devenu le monde. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.319, Folio no2077) | ||
| L'histoire
est tout aussi légère que la vie de l'individu, insoutenablement légère,
légère comme un duvet, comme une poussière qui s'envole, comme une
chose qui va disparaître demain. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.322, Folio no2077) | ||
| De
deux choses l'une : ou bien la merde est acceptable (alors ne vous
enfermez pas à clé dans les waters !), ou bien la manière dont
on nous a créés est inadmissible. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.356, Folio no2077) | ||
| [...]
les mouvements politiques ne reposent pas sur des attitudes rationnelles
mais sur des représentations, des images, des mots, des archétypes
dont l'ensemble constitue tel ou tel kitsch politique. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.373, Folio no2077) | ||
| On
ne pourra jamais déterminer avec certitude dans quelle mesure nos
relations avec autrui sont le résultat de nos sentiments, de notre
amour ou non-amour, de notre bienveillance ou haine, et dans quelle
mesure elles sont d'avance conditionnées par les rapports de force
entre individus. La vraie bonté de l'homme ne peut se manifester en toute pureté et en toute liberté qu'à l'égard de ceux qui ne représentent aucune force. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.421, Folio no2077) | ||
| La
nostalgie du Paradis, c'est le désir de l'homme de ne pas être homme. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.431, Folio no2077) | ||
| Si
nous sommes incapables d'aimer, c'est peut-être parce que nous désirons
être aimés, c'est-à-dire que nous voulons quelque chose de l'autre
(l'amour), au lieu de venir à lui sans revendications et ne vouloir que
sa simple présence. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.433, Folio no2077) | ||
| Le
temps humain ne tourne pas en cercle mais en ligne droite. C'est
pourquoi l'homme ne peut être heureux puisque le bonheur est désir de
répétition. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.434, Folio no2077) | ||
| [...]
comment savoir à quel moment la souffrance devient inutile ?
comment déterminer l'instant où ça ne vaut plus la peine de vivre ? (L'insoutenable légèreté de l'être, p.435, Folio no2077) | ||
| Ah !
quelle horreur ! nous rêvons d'avance la mort de ceux que nous
aimons ! (L'insoutenable légèreté de l'être, p.438, Folio no2077) | ||
| Un
jour, on prend une décision, on ne sait pas comment, et cette décision
a sa propre force d'inertie. Avec chaque année qui passe, il est un peu
plus difficile de la changer. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.448, Folio no2077) | ||
| On
a tous tendance à voir dans la force un coupable et dans la faiblesse
une innocente victime. (L'insoutenable légèreté de l'être, p.450, Folio no2077) | ||
8^ | Comprendre
avec Cervantes le monde comme ambiguïté, avoir à affronter, au lieu
d'une seule vérité absolue, un tas de vérités relatives qui se
contredisent (vérités incorporées dans des ego imaginaires
appelés personnages), posséder donc comme seule certitude la sagesse
de l'incertitude, cela exige une force non moins grande. (L'art du roman, p.17, Folio no2702) | |
|
| L'homme
souhaite un monde où le bien et le mal soient nettement discernables
car est en lui le désir inné et indomptable, de juger avant de
comprendre. (L'art du roman, p.17, Folio no2702) | |
| L'unité
de l'humanité signifie : personne ne peut s'échapper nulle part. (L'art du roman, p.22, Folio no2702) | ||
| La
Vérité totalitaire exclut la relativité, le doute, l'interrogation et
elle ne peut donc jamais se concilier avec ce que j'appellerais l'esprit
du roman. (L'art du roman, p.25, Folio no2702) | ||
| [...]
les termites de la réduction rongent la vie humaine depuis toujours :
même le plus grand amour finit par être réduit à un squelette de
souvenirs chétifs. (L'art du roman, p.28, Folio no2702) | ||
| [...]
le flirt avec l'avenir est le pire des conformismes, la lâche flatterie
du plus fort. Car l'avenir est toujours plus fort que le présent. C'est
bien lui, en effet, qui nous jugera. Et certainement sans aucune compétence. (L'art du roman, p.31, Folio no2702) | ||
| [...]
la seule raison d'être du roman est de dire ce que seul le roman peut
dire. (L'art du roman, p.50, Folio no2702) | ||
| Le
roman n'examine pas la réalité mais l'existence. Et l'existence n'est
pas ce qui s'est passé, l'existence est le champ des possibilités
humaines, tout ce que l'homme peut devenir, tout ce dont il est capable. (L'art du roman, p.57, Folio no2702) | ||
| Le
romancier n'est ni historien ni prophète : il est explorateur de
l'existence. (L'art du roman, p.59, Folio no2702) | ||
| Toutes
les grandes oeuvres (et justement parce qu'elles sont grandes)
contiennent une part d'inaccompli. (L'art du roman, p.83, Folio no2702) | ||
| Aujourd'hui
on peut faire de la musique avec des ordinateurs, mais l'ordinateur a
toujours existé dans la tête des compositeurs [...] (L'art du roman, p.91, Folio no2702) | ||
| Le
roman est une méditation sur l'existence vue au travers de personnages
imaginaires. (L'art du roman, p.102, Folio no2702) | ||
| [...]
composer un roman c'est juxtaposer différents espaces émotionnels, et
que c'est là, selon moi, l'art le plus subtil d'un romancier. (L'art du roman, p.111, Folio no2702) | ||
| [...]
partout où le pouvoir se déifie, il produit automatiquement sa propre
théologie [...] (L'art du roman, p.125, Folio no2702) | ||
| [...]
les mécanismes psychologiques qui fonctionnent à l'intérieur des
grands événements historiques (apparemment incroyables et inhumains)
sont les mêmes que ceux qui régissent les situations intimes (tout à
fait banales et très-humaines). (L'art du roman, p.132, Folio no2702) | ||
| [...]
le poète au service d'une autre vérité que celle qui est à découvrir
(qui est éblouissement) est un faux poète. (L'art du roman, p.141, Folio no2702) | ||
| Les
vrais génies du comique ne sont pas ceux qui nous font rire le plus,
mais ceux qui dévoilent une zone inconnue du comique. (L'art du roman, p.150, Folio no2702) | ||
| Un
roman n'est souvent, me semble-t-il, qu'une longue poursuite de quelques
définitions fuyantes. (L'art du roman, p.151, Folio no2702) | ||
| La
beauté d'un mot ne réside pas dans l'harmonie phonétique de ses
syllables, mais dans les associations sémantiques que sa sonorité éveille. (L'art du roman, p.153, Folio no2702) | ||
| L'excitation
est le fondement de l'érotisme, son énigme la plus profonde, son
mot-clé. (L'art du roman, p.156, Folio no2702) | ||
| L'infantocratie :
l'idéal de l'enfance imposé à l'humanité. (L'art du roman, p.158, Folio no2702) | ||
| Le
trait distinctif du vrai romancier : il n'aime pas parler de lui-même. (L'art du roman, p.177, Folio no2702) | ||
| L'assommant
primitivisme rythmique du rock : le battement du coeur est amplifié
pour que l'homme n'oublie pas une seconde sa marche vers la mort. (L'art du roman, p.179, Folio no2702) | ||
| Le
désir de violer l'intimité d'autrui est une forme immémoriale de
l'agressivité qui, aujourd'hui, est institutionnalisée (la
bureaucratie avec ses fiches, la presse avec ses reporters), moralement
justifiée (le droit à l'information devenu le premier des droits de
l'homme) et poétisée (par le beau mot : transparence). (L'art du roman, p.182, Folio no2702) | ||
| [...]
les grands romans sont toujours un peu plus intelligents que leurs
auteurs. (L'art du roman, p.190, Folio no2702) | ||
9^ | [...]
voilà la vraie et seule raison d'être de l'amitié : procurer un
miroir dans lequel l'autre peut contempler son image d'autrefois qui,
sans l'éternel bla-bla de souvenirs entre copains, se serait effacée
depuis longtemps. (L'identité, p.18, Gallimard) | |
|
| Enfant :
existence sans biographie. (L'identité, p.36, Gallimard) | |
| [...]
toute femme mesure le degré de son vieillissement à l'intérêt ou au
désintérêt que les hommes manifestent pour son corps. (L'identité, p.42, Gallimard) | ||
| L'amitié
est indispensable à l'homme pour le bon fonctionnement de sa mémoire.
Se souvenir de son passé, le porter toujours avec soi, c'est peut-être
la condition nécessaire pour conserver, comme on dit, l'intégrité de
son moi. (L'identité, p.50, Gallimard) | ||
| L'érotisme,
commercialement, est une chose ambiguë car si tout le monde convoite la
vie érotique, tout le monde aussi la hait comme la cause de ses
malheurs, de ses frustrations, de ses envies, de ses complexes, de ses
souffrances. (L'identité, p.56, Gallimard) | ||
| - Deux
êtres qui s'aiment, seuls, isolés du monde, c'est très beau. Mais de
quoi nourriraient-ils leurs tête-à-tête ? Si méprisable que
soit le monde, ils en ont besoin pour pouvoir se parler. - Ils pourraient se taire. - [...] Oh non, aucun amour ne survit au mutisme. (L'identité, p.84, Gallimard) | ||
| D'ailleurs
les vérités les plus provocatrices (« au poteau les bourgeois ! »)
ne deviennent-elles pas les vérités les plus conventionnelles quand
elles arrivent au pouvoir ? La convention peut, n'importe quand,
devenir provocation et la provocation convention. (L'identité, p.137 , Gallimard) | ||
| [...]
seule une très grande intelligence est capable d'insuffler un sens
logique aux idées insensées. (L'identité, p.138, Gallimard) | ||
10^ | La
sensibilité est indispensable à l'homme, mais elle devient redoutable
dès le moment où elle se considère comme une valeur, comme un critère
de la vérité, comme la justification d'un comportement. Les sentiments
nationaux les plus nobles sont prêts à justifier les pires horreurs ;
et, la poitrine gonflée de sentiments lyriques, l'homme commet des
bassesses au nom sacré de l'amour. (Jacques et son maître (Introduction à une variation), p.9, Gallimard nrf) | |
|
| Si
je devais me définir, je dirais que je suis un hédoniste piégé dans
un monde politisé à l'extrême. (Jacques et son maître (Introduction à une variation), p.10, Gallimard nrf) | |
|
| [...]
aucun roman digne de ce nom ne prend le monde au sérieux. Qu'est-ce que
cela veut dire d'ailleurs « prendre le monde au sérieux » ?
Cela veut certainement dire : croire à ce que le monde veut nous
faire croire. De Don Quichotte jusqu'à Ulysse, le roman
conteste ce que le monde veut nous faire croire. (Jacques et son maître (Introduction à une variation), p.12, Gallimard nrf) | |
|
| Mais
qu'est-ce que « être sérieux » ? Est sérieux celui
qui croit à ce qu'il fait croire aux autres. (Jacques et son maître (Introduction à une variation), p.13, Gallimard nrf) | |
|
| La
pratique du reader's digest reflète fidèlement les tendances
profondes de notre temps et me fait penser qu'un jour toute la culture
passée sera complètement réécrite et complètement oubliée derrière
son rewriting. Les adaptations cinématographiques et théâtrales
des grands romans ne sont que reader's digest sui generis. (Jacques et son maître (Introduction à une variation), p.15, Gallimard nrf) | |
|
| [...]
si le sens du roman survit à son rewriting, c'est la preuve
indirecte de la valeur médiocre du roman. (Jacques et son maître (Introduction à une variation), p.16, Gallimard nrf) | |
|
| Ceux
qui gaspillent leur sensibilité à tort et à travers n'en ont plus
quand il faut en avoir. (Jacques et son maître, p.37, Gallimard nrf) | |
|
| Les
hommes tombent facilement amoureux, et aussi facilement ils vous
laissent tomber. (Jacques et son maître, p.51, Gallimard nrf) | |
|
| [...]
celui qui regarde vers le haut ne peut jamais avoir le vertige. (Jacques et son maître, p.67, Gallimard nrf) | |
|
| Tout
ce qui est jamais advenu en ce bas monde a déjà été réécrit des
centaines de fois et personne n'a jamais songé à vérifier ce qui s'était
passé en réalité. L'histoire des hommes a été réécrite si souvent
que les gens ne savent plus qui ils sont. (Jacques et son maître, p.78, Gallimard nrf) | |
|
| Que
pouvons-nous demander de plus que d'être heureux un instant ? (Jacques et son maître, p.86, Gallimard nrf) | |
11^ | [...]
pleinement et radicalement roman : à savoir : territoire où
le jugement moral est suspendu. (Les testaments trahis, p.16, Folio no2703) | |
|
| [Le
roman] apprend au lecteur à être curieux de l'autre et à essayer de
comprendre les vérités qui diffèrent des siennes. (Les testaments trahis, p.17, Folio no2703) | |
|
| Car
la religion et l'humour sont incompatibles. (Les testaments trahis, p.18, Folio no2703) | |
|
| [Kundera
parle de Thomas Mann et de sa tétralogie Joseph et ses frères. [...] le ton souriant et sublimement ennuyeux de Mann [...] (Les testaments trahis, p.18, Folio no2703) | |
|
| Le
sens de l'histoire d'un art est opposé à celui de l'Histoire tout
court. Par son caractère personnel, l'histoire d'un art est une
vengeance de l'homme sur l'impersonnalité de l'Histoire de l'humanité. (Les testaments trahis, p.27, Folio no2703) | |
|
| [...]
comme une grande musique qu'on peut réécouter sans fin, les grands
romans eux aussi sont faits pour des lectures répétées [...] (Les testaments trahis, p.36, Folio no2703) | |
|
| L'humour :
l'éclair divin qui découvre le monde dans son ambiguïté morale et
l'homme dans sa profonde incompétence à juger les autres ;
l'humour : l'ivresse de la relativité des choses humaines ;
le plaisir étrange issu de la certitude qu'il n'y a pas de certitude. (Les testaments trahis, p.46, Folio no2703) | |
|
| L'homme
désire l'éternité mais il ne peut avoir que son ersatz :
l'instant de l'extase. (Les testaments trahis, p.105, Folio no2703) | |
|
| Vivre,
c'est un lourd effort perpétuel pour ne pas se perdre soi-même de vue,
pour être toujours solidement présent dans soi-même, dans sa stasis.
Il suffit de sortir un petit instant de soi-même et on touche au
domaine de la mort. (Les testaments trahis, p.106, Folio no2703) | |
|
| Depuis
toujours, profondément, violemment, je déteste ceux qui veulent
trouver dans une oeuvre d'art une attitude (politique,
philosophique, religieuse, etc.), au lieu d'y chercher une intention
de connaître, de comprendre, de saisir tel ou tel aspect de la réalité. (Les testaments trahis, p.111, Folio no2703) | |
|
| Il
y a des choses qu'on ne peut que taire. (Les testaments trahis, p.116, Folio no2703) | |
|
| [...]
personne n'est plus insensible que les gens sentimentaux. (Les testaments trahis, p.119, Folio no2703) | |
|
| [...]
le moment présent ne ressemble pas à son souvenir. Le souvenir n'est
pas la négation de l'oubli. Le souvenir est une forme de l'oubli. (Les testaments trahis, p.156, Folio no2703) | |
|
| [...]
le présent, le concret du présent, en tant que phénomène à
examiner, en tant que structure, est pour nous une planète
inconnue ; nous ne savons donc ni le retenir dans notre mémoire ni
le reconstruire par l'imagination. On meurt sans savoir ce qu'on a vécu. (Les testaments trahis, p.156, Folio no2703) | |
|
| [...]
l'analyse de l'existence ne peut devenir système ; l'existence est
insystématisable et Heidegger, amateur de poésie, a eu tort d'être
indifférent à l'histoire du roman où se trouve le plus grand trésor
de la sagesse existentielle. (Les testaments trahis, p.200, Folio no2703) | |
|
| [...]
il faut que celui qui pense ne s'efforce pas de persuader les autres de
sa vérité ; il se trouverait ainsi sur le chemin d'un système ;
sur le lamentable chemin de l'« homme à conviction » ;
des hommes politiques aiment se qualifier ainsi ; mais qu'est-ce
qu'une conviction ? c'est une pensée qui s'est arrêtée, qui
s'est figée, et l'« homme à conviction » est un homme borné ;
la pensée expérimentale ne désire pas persuader mais inspirer ;
inspirer une autre pensée, mettre en branle le penser ; c'est
pourquoi un romancier doit systématiquement désystématiser sa pensée,
donner des coups de pied dans la barricade qu'il a lui-même érigée
autour de ses idées. (Les testaments trahis, p.212, Folio no2703) | |
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| Puisque de son vivant chaque auteur essaie de rendre public tout ce qui est essentiel, les fouilleurs de poubelles sont des passionnés de | |